Trois questions à Xavier Mauméjean

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Comment vous est venu l'idée de La Vénus anatomique ?

À travers son personnage principal, Julien Offroy de la Mettrie, un homme de plume et d'épée, même si sa lame était davantage celle du scalpel. Vétéran des terrifiantes guerres en dentelles, libre penseur qui s'est mis à dos toutes les autorités, il pratiquait le cynisme pour mieux dissimuler son souci de la misère humaine. La Mettrie a fréquenté les grands, connu la misère, vécu une existence riche en aventures, celle d'un philosophe qui est aussi homme d'action. C'est un être de paradoxe, tour à tour aimable ou irritant, qui assume parfaitement ses contradictions. Et puis le siècle des Lumières était l'occasion de proposer une variation sur le traditionnel affrontement entre Ordre et Chaos. Ce sont deux conceptions de l'Ordre qui s'opposent, celui de la Foi contre celui de la Raison. Ce conflit génère le Chaos : exécution arbitraire, magasins d'enfants, science à l'éthique aveugle et morale religieuse du tourment.

S'agit-il d'un roman steampunk ?

Certainement pas ! Le XVIIIe siècle est suffisamment riche en sciences et techniques pour qu'il n'y ait rien à rajouter. C'est le règne de l'automatisme dans les filatures, et l'âge des androïdes - le terme est d'ailleurs créé à l'époque. Certaines théories sur le vivant anticipent les travaux de Darwin, on fixe les règles de reconnaissance de l'intelligence artificielle deux siècles avant son application et le test de Turing ! Pour prendre un seul exemple, Claude-Nicolas Ledoux conçoit une architecture visionnaire, loin des dorures et autres angelots. Une géométrie froide, toute en marbre et acier, qui préfigure les buildings et l'environnement high-tech. D'ailleurs, il inspirera les conceptions monumentales des régimes totalitaires du XXe siècle. Mais on ne peut évidemment lui reprocher sa triste descendance... Sinon, toutes les expériences décrites dans le roman, y compris les plus improbables, sont plausibles ou ont eu lieu. L'imaginaire n'intervient que dans le résultat...

Quels sont vos futurs projets ?

Deux romans pour Mnémos. Car je suis Légion, une fantasy ultraviolente, située à Babylone en - 600 avant JC. Les dieux avaient pour mission de veiller sur le peuple. Une tâche qui épuisait leur énergie. Aussi, en fonction des présages, les autorités avaient coutume de suspendre le temps. Plus de temps, plus de Loi, tout était alors permis. Viol, meurtre, mutilations, afin que le sang se répande et régénère les dieux. Mon héros sera un magistrat de Babylone, à la fois juge, jury et bourreau. Les accusateurs étaient à ce point implacables que leur nom a servi aux Hébreux a désigné l'Adversaire : Satan.
Et Lilliputia, une fantasy urbaine inspirée de faits authentiques. Au début du XXe siècle, tous les nains parfaits d'Europe se sont retrouvés dans un parc d'attraction établi à New York. On les fournissait en cocaïne pour qu'ils aient l'air tout le temps joyeux. Il y avait une équipe de petits pompiers qui éteignaient des incendies toutes les heures. Ce sera une variation autour de l'affrontement entre Zeus et Prométhée. Et puis d'autres projets pour France Culture et la bande dessinée.

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