
À l'origine, il s'agissait d'un vague projet de BD discuté un soir, autour d'un verre, avec un collègue de boulot plutôt doué en dessin, dont le style se rapprochait beaucoup de celui de Giger, le créateur d'Alien. Nous nous étions donc réparti les tâches : à lui le maniement de l'aérographe, à moi celui de la plume. J'ai donc commencé un synopsis dans lequel j'établissais déjà les lignes directrices de la civilisation du Cocon, sur Terre, avec le Génégon et le Psychogon, machines qui permettaient la régénérescence biologique et psychologique d'humains devenus soi-disant immortels. Et puis... tout s'est arrêté là. Au gré des mutations professionnelles, mon collègue et moi nous sommes perdus de vue. C'était en 1996 ou 1997, je ne m'en souviens même plus.
J'ai mis ce scénario de côté sur une disquette et j'ai continué à écrire ce que j'avais entamé par ailleurs, dans des domaines très différents. Après deux ou trois échecs auprès d'éditeurs, j'ai décidé de revenir à ce qui me plaisait le plus : la SF. J'avais plusieurs idées en tête, évidemment, mais qui n'étaient pas forcément compatibles les unes avec les autres. Mais par un magnifique après-midi sous les tropiques, à l'île Maurice où je me trouvais en vacances (je sais ce que vous pensez, mais j'étais déjà très riche avant de publier un livre !) j'ai eu une sorte de flash. La vision d'un panorama idyllique – celle d'une allée de flamboyants, ces arbres rouge vermillon qui bordent les pistes et les plantations de canne à sucre de ce pays – m'a donné l'impulsion qui me manquait : j'ai commencé par décrire ce que je voyais, puis je me suis laissé porter par les sensations qui se déclenchaient en moi. De fil en aiguille, j'ai bâti une histoire à partir de ce simple élément de " décoration ", jusqu'à ce que le souvenir de mon vieux synopsis de BD resurgisse.
Jusqu'à ce matin tragique du 11 septembre 2001. Ce fut véritablement l'élément déclencheur : je me suis alors attelé à la tâche, en tentant d'imaginer comment on pouvait relier cette catastrophe terroriste sans précédent à cet univers du futur et sa civilisation eugéniste immortelle. Que pouvait-il donc s'être passé pendant ces dix siècles ? Et qu'allait-il se produire ensuite ? Les lecteurs de Quantex auront, je l'espère, remarqué certaines allusions très appuyées à la période que nous traversons depuis le 11 septembre : la superpuissance américaine, son arrogance, son combat au nom d'idéaux en apparence très nobles, mais aussi l'émergence d'une lame de fond politico-religieuse qu'il n'est pas besoin de nommer, et qui rejoint parfois les contestations anticapitalistes, anti-impérialistes et écologistes des exclus des sociétés occidentales. Tout cela, bien sûr, amplifié jusqu'à la démesure par l'interconnectivité permanente née de l'Internet et de l'omniprésence de l'information. J'ai agité le tout pendant des mois jusqu'à définir une histoire, imaginer les personnages qui allaient la porter, leurs destins. Jusqu'à ce que la cohésion et la cohérence se fassent, du moins je l'espèère...
C'est pour moi un peu difficile à dire. Certes, je ne nie pas les influences d'Herbert, d'Asimov, Simmons, Hamilton, de tous les plus grands auteurs de space opera. En ce qui concerne Herbert et Dune, ce fut une véritable révélation pour moi, lorsque j'ai lu ce cycle. Ca m'a d'ailleurs coûté ma première année de fac car je me relevais les nuits pour relire ce que j'avais lu dans la journée, pour analyser, disséquer cette oeuvre monumentale. Je pense que personne n'a fait mieux que lui depuis... désolé pour les fans d'Hypérion ! (dont je suis.)
Si l'on considère les ingrédients " classiques " que l'on peut trouver dans un space op', Quantex peut évidemment être intégré dans cette catégorie. Tout y est, si je puis dire, plus ou moins. Est-ce que ça suffit ? C'est aux lecteurs d'en juger. Pour ma part, j'ai tenté d'écrire une histoire, d'imaginer un univers crédible technologiquement, politiquement, socialement... Le récit se déroule sur plusieurs plans : l'espace, bien sûr, le système solaire et celui de Centauri, les mondes conquis par l'homme, avec tout ce que ça implique comme réalités scientifiques ; mais aussi les univers intérieurs, propres à chaque personnage, avec leurs doutes, leurs fragilités, leurs revirements ; et enfin, le plan plus global de l'espèèce, celui du destin de l'humanité, et dans ce dernier domaine, je crois qu'il n'y a pas de catégorisation qui tienne : on peut l'aborder en fantasy, en space opera, en planet opera, en streampunk, en hard science ou autre.
Ce qui importe, c'est le message qu'on fait passer. L'emballage, si peux dire, n'est qu'une affaire de goût et de plaisir. Alors j'avoue : j'ai une certaine préférence pour le space op' !
Plusieurs. J'ai déjà défriché deux ou trois sujets, ébauché des scenarii, commencé quelques chapitres... Côté SF, le space-opera m'attire toujours et il n'est pas exclu que j'y revienne. Mais j'ai envie également de m'orienter sur quelque chose de moins hard-science que Quantex, peut-être de l'anticipation à moyen terme, en tous les cas, une vision de la société du futur la plus réaliste possible, mais qui laisserait aussi la part à l'émotion, plus centrée sur les personnages. Ça n'est peut-être pas très innovant, dit comme ça, mais j'espère pouvoir y apporter ma sensibilité, par une approche un peu différente inspirée, notamment, de mes expériences personnelles, professionnelles ou autres.
Enfin, je désire depuis longtemps m'essayer à la Fantasy. Je sais : je ne suis pas le seul ! Mais à l'instar d'autres auteurs soutenus par Mnémos, comme Xavier Mauméjean ou Fabien Clavel, je pense qu'on peut s'aventurer dans ce domaine sans en être réduit à copier et à re-copier le Seigneur des Anneaux ! Même si les fondamentaux de ce genre restent incontournables, il y a encore, je pense, des voies à explorer. Voilà donc mon programme pour les 50 ans qui viennent...