
1709 : Naissance à Saint Malo (25 décembre) de Julien Offray de La Mettrie. Premières années, fait ses humanités au collège de Coutances, puis sa rhétorique dans une institution janséniste à Caen. Suit les cours de logique de l'abbé Cordier, ardent janséniste, au collège de Plessis.
1725 : Dégoûté de la théologie, se tourne vers la physique. Suit les cours du collège d'Harcourt.
1726 : Sur les conseils du médecin Hunault, médecin de St Malo, change de vocation. Le père de Julien finit par être persuadé qu'un médiocre médecin sera davantage rémunéré pour ses drogues qu'un bon prêtre pour ses absolutions.
1728 : Se consacre à l'anatomie. Dissèque à Reims pendant quatre ans et obtient son bonnet de médecin. Mène une vie dissolue, si l'on en croit le témoignage de Mademoiselle A.C.P : "Il se vante d'avoir dépensé cent mille livres en débauches et voluptés, avant que de devenir médecin ; et qu'il se fait gloire de s'être fait créer docteur dans le temps qui lui restait après ses débauches." Devient athée.
1732 : (13 juin) Naissance d'Honoré Fragonard, cousin de Jean-Honoré Fragonard, de deux mois son aîné. Le premier deviendra anatomiste "sculpteur de chair", et le second un peintre renommé.
1733 : La Mettrie est reççu docteur en médecine à Reims le 29 mai 1733. Déççu par la pratique locale, il va suivre les cours de Hermann Boerhaave à Leyde, de 1733 à 1734. Le célèbre médecin hollandais l'apprécie et le fait rentrer dans les cercles du iatromécanisme, école qui explique l'animation du corps par les lois de la physique et de l'hydraulique. Le iatromécanisme pâtit d'une réputation sulfureuse.
1734 : De retour de Hollande, traduit sept traités de son maître et se met à dos la Faculté : Tractatus medicus de lue aphrodisiaca (1734) auquel il joint une dissertation sur les maladies vénériennes de sa main, Système de H. Boerhaave sur les maladies vénériennes (1735), Aphorisme sur la connaissance et les cures des maladies, Traité de la matière médicale (1739), Institutions de Médecine (1740), Abrégé de la théorie chimique tirée des propres écrits de M. Boerhaave (1741)
1735-1742 : Pratique à Saint-Malo. Importante activité éditoriale.
1737 : Traité du vertige, ouvrage révolutionnaire qui anticipe la neurologie et la psychanalyse.
1739 : Mort de Boerhaave.
1742 : Quitte Saint Malo et se rend à Paris. Fréquente les salons et se lie avec Diderot. Découvre les anatomies mouvantes de Jacques Vaucanson qui lui causent une forte impression. Elles apparaîtront dans son ouvrage majeur : L'Homme-machine. Introduit auprès du duc de Gramont, qui lui obtient la charge de médecin aux gardes franççaises. Participe comme chirurgien militaire à la guerre des Flandres contre Marie-Thérèse d'Autriche. Bataille de Dettingen (27-6-1743). Siège de Fribourg, bataille de Fontenoy (11-5-1745) oùù meurt le duc de Gramont, d'un tir de canon. La Mettrie n'oubliera jamais les horreurs de la guerre : "J'ai vu mourir, triste spectacle ! des milliers de soldats , dans ces grand hôpitaux militaires, qui m'ont été confiés en Flandre durant la dernière guerre. Les morts agréables m'ont paru plus rares que les morts douloureuses." Attrape la fièvre chaude. Manque de mourir, mais consigne ses observations sur le délire de l'esprit suite aux bouleversements du corps.
1743 : Après la disparition du tolérant abbé de Fleury, la faculté de théologie de Paris exerce une censure implacable.
1745 : (28 octobre) Le baron Pierre-Louis Moreau de Maupertuis épouse Éléonore von Bork, héritière de la puissante famille des Borg, originaire de Poméranie. Maupertuis publie La Vénus physique.
1746 : Pamphlets satiriques contre les médecins. Le comte de Maurepas, ministre de la Maison du roi, qui a pour charge de surveiller et réprimer en matière de librairie, dirige un véritable ministère de la censure. Maurepas fait condamner la Mettrie par arrêt du parlement (7 juillet). Ses livres sont brûlés par le bourreau en place publique (9 juillet). Quitte l'hôpital militaire oùù l'a placé M. Sechelles. Se réfugie à Saz, près de Gand, puis à Leyde où il rédige l'Homme-Machine.
1748 : ( 7 février) Trouve refuge à Berlin auprès de Frédéric II. Patronage du baron de Maupertuis, président de l'académie royale de Prusse. Les deux hommes, natifs de Saint-Malo, deviennent immédiatement amis. La Mettrie est fait membre de l'académie et lecteur du roi. S'installe à Potsdam et exerce la médecine tout en rédigeant ses traités. Publication de l'Homme-Machine. L'Homme-Plante.
1749 : Diderot est emprisonné au donjon de Vincennes sur ordre du comte d'Argenson.
1750 : Les Animaux plus que machines. Réflexions philosophiques sur l'origine des animaux. Abrégé des systèmes. Le système d'Epicure. Mais aussi des traités médicaux sur l'asthme et la dysenterie. Retour à Paris puis à Saint-Malo. Épouse Charlotte Dréano.
1751 : Mort de Charlotte. À la fin de l'année, La Mettrie regagne Berlin. Soutient Maupertuis qui obtient le renvoi de Voltaire. Celui-ci quitte Berlin et dira de la Mettrie : "Comment le diable peut-il être aussi excellent médecin ?".
1752 : Meurt d'empoisonnement lors d'un dîner chez Milord Tyrconnel. Refuse les derniers sacrements. Frédéric de Prusse prononce son éloge funèbre.
1753 : L'empereur Frédéric s'oppose à la publication de ses oeuvres posthumes. Elles paraîtront à Londres, chez Jean Nourse, dont La Vénus métaphysique, réponse à La Vénus physique de Maupertuis.
Infatigable observateur, doublé d'un esprit curieux, Julien Offroy de la Mettrie a consigné un certain nombre de cas sortant de l'ordinaire. En voici quelques-uns :
— L'élevage d'un enfant dans la solitude la plus absolue. Cette expérience, qualifiée d'interdite, a été conduite plusieurs fois dans l'Antiquité. La baron de Maupertuis souhaita la reprendre en 1752, mais il se heurta au refus de l'Académie.
— La femme qui pendant sa grossesse mangea son mari.
— Le pauvre qui demandait l'aumône dans son crâne. Chaque dimanche, il attendait à la sortie de l'église et souhaitait pour aumône qu'on lui touche le cerveau, à travers un trou maintenu ouvert, ce qui déclenchait en lui du plaisir.
— Le couple qui égorgea ses enfants, sala leur corps et en mangea tous les jours comme de petit salé.
— La fille d'un voleur anthropophage, ayant perdu père et mère à l'âge de un an. Élevée par d'honnêtes gens, les traits héréditaires resurgirent.
— Observation d'un foetus en situation d'éclore sur une femme morte un moment avant l'accouchement. Maupertuis évoque le même cas dans son Système de la nature.
— La femme de Gand, sans sexe, motte, clitoris, vagin, tétons, matrice, urêtre, vulves, grandes lèvres. Son époux l'honorait par l'arrière et ils y trouvaient leur compte, jusqu'à ce que l'Eglise les sépare.
— Hélène et Olive Renault : deux soeurs qui furent prise de catalepsie hystérique, suite à la disparition de leurs règles, sans qu'elles aient eu de rapport. Patientes de la Mettrie, elles sont à l'origine d'un traité qui anticipe les travaux neurologiques du XXe siècle.
— La fille sauvage de Châlons-en-Champagne. Enfant, elle vécut dans les bois, se nourrissant d'écorce et buvant le sang des lapins. La population, effrayée, croyait en un cas de lycaonie (lycanthropie) ou folie louvière. Au terme d'une battue, la sauvageonne "griffue et noire de crasse" fut conduite au couvent de Chaillot et devint une attraction visitée par le duc d'Orléans et la reine de Pologne. La Mettrie, qui se trouvait dans la région à cette époque, l'a probablement observée.